{"id":232,"date":"2015-02-11T01:35:35","date_gmt":"2015-02-11T09:35:35","guid":{"rendered":"http:\/\/dff-monolith.com\/?page_id=232"},"modified":"2015-08-10T11:22:30","modified_gmt":"2015-08-10T19:22:30","slug":"interview06-3d-poet","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/davidrosenmann-taub.com\/fr\/interviews\/interview06-3d-poet\/","title":{"rendered":"David Rosenmann-Taub:  Po&egrave;te en tres dimensiones"},"content":{"rendered":"<p class=\"centered-quote\"><em><strong>ATELIER DE LETTRES<\/strong><\/em><br \/>\r\n  <strong>Revue de la Facult&eacute; de Lettres de l&rsquo;Universit&eacute; Catholique du Chili, n&deg; 36<\/strong><br \/>\r\n  2005<\/p>\r\n<h1>David Rosenmann-Taub:<br \/>\r\n  Po&egrave;te en tres dimensiones<\/h1>\r\n<h2>par Beatriz Berger<\/h2>\r\n<p style=\"text-align:center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/images\/books\/bar_rust.jpg\" alt=\"alt\" width=\"400\" height=\"2\"><\/p>\r\n<p>Cet homme qui a consacr&eacute; sa vie &agrave; la po&eacute;sie et qui par, son interm&eacute;diaire, tente d&rsquo;atteindre la v&eacute;rit&eacute;, rompt une nouvelle fois le silence, de chez lui, pour donner un &eacute;claircissement suppl&eacute;mentaire sur son travail. Emmitoufl&eacute; d&rsquo;une &eacute;charpe d&rsquo;alpaga chilienne, et oubliant le rhume qui commence &agrave; l&rsquo;affecter en cet hiver nord-am&eacute;ricain, il confie que, lorsque ses parents habitaient chez lui, il &eacute;tait consid&eacute;rablement charg&eacute; de responsabilit&eacute;s financi&egrave;res, ce qui r&eacute;duisaient le temps dont il disposait pour son travail cr&eacute;atif ; mais maintenant &ndash; gr&acirc;ce &agrave; la Fondation Corda &ndash; il peut se consacrer compl&egrave;tement &agrave; sa vocation. &laquo; Ma routine de travail &ndash; dit-il &ndash; c&rsquo;est de veiller : que ce soit dans mon lit, &agrave; la table de la salle &agrave; manger, ou &agrave; mon bureau. &raquo; <\/p>\r\n<p>Veiller, bien s&ucirc;r, parce que depuis plusieurs ann&eacute;es il ne dort qu&rsquo;entre deux ou trois heures par jour. Et m&ecirc;me ainsi, la proportion onirique dans sa vie est &eacute;norme.<br \/>\r\n  &laquo; Comment le r&ecirc;ve pourrait-il ne pas nous affecter ? &raquo;, dit-t-il.<\/p>\r\n<p>Il me fait savoir, d&rsquo;autre part, qu&rsquo;il &eacute;crit au crayon et qu&rsquo;il recopie au stylo; &laquo; ensuite j&rsquo;utilise la machine &agrave; &eacute;crire. Le crayon, l&rsquo;encre et la machine &agrave; &eacute;crire m&rsquo;obligent &agrave; avoir une plus grande objectivit&eacute; &ndash; visualit&eacute; &ndash; sur ce que j&rsquo;ai &eacute;crit. &raquo; Il n&rsquo;a jamais &eacute;crit &agrave; l&rsquo;ordinateur mais il a enregistr&eacute; ses textes sur dictaphone.<\/p>\r\n<p>&laquo; Vous m&rsquo;avez demand&eacute;, il y a un moment, comment je me distrais, comment je me d&eacute;tends lorsque je cr&eacute;e &raquo;, me r&eacute;pond-il : &laquo; La cr&eacute;ation est un protagoniste qui n&rsquo;admet pas d&rsquo;antagonistes. En ce qui concerne la d&eacute;tente, tout d&eacute;pend de ce qu&rsquo;on entend par d&eacute;tente. Que peut-il y avoir de plus relaxant que le fait d&rsquo;&ecirc;tre avec ce que l&rsquo;on veut &ecirc;tre ? &raquo;<\/p>\r\n<p>En tout cas, une succulente biblioth&egrave;que lui permet de confirmer ou de confronter ses inqui&eacute;tudes :<\/p>\r\n<p>&laquo; Je ne fais pas confiance aux encyclop&eacute;dies : elles contiennent une part de d&eacute;raison, d&rsquo;erreur, et elle sont souvent incompl&egrave;tes. Un livre : une marche pour un autre livre. L&rsquo;aide r&eacute;elle : ma propre certitude de l&rsquo;exp&eacute;rience. Ma biblioth&egrave;que, selon plusieurs aspects, est mon mus&eacute;e particulier : certains livres sont comme des tableaux que j&rsquo;analyse et que j&rsquo;appr&eacute;cie, d&rsquo;autres sont comme des tableaux que je m&eacute;prise et qui me permettent de comprendre ce qu&rsquo;est l&rsquo;&eacute;chec, surtout ceux qui ont un grand prestige et qui renferment une vacuit&eacute; orgueilleuse. &raquo;<br \/>\r\n  <br \/>\r\n  Il poss&egrave;de en plus une abondante discoth&egrave;que et de nombreuses partitions. &laquo; Lorsque j&rsquo;&eacute;coute de la musique &ndash; pr&eacute;cise-t-il &ndash;, dans la mesure du possible je ne laisse pas de c&ocirc;t&eacute; les partitions, pour ne pas d&eacute;pendre des interpr&egrave;tes. &raquo;<br \/>\r\n  <br \/>\r\n  La po&eacute;sie, la musique et le dessin sont en somme les domaines dans lesquels &eacute;volue David Rosenmann-Taub (Santiago, 1927), cr&eacute;ateur polymorphe, reconnu surtout par son &oelig;uvre po&eacute;tique. Elle a &eacute;t&eacute; publi&eacute;e ces derni&egrave;res ann&eacute;es par LOM au Chili et les critiques l&rsquo;ont accueillie positivement: <em>Cort&egrave;ge et &Eacute;pinicie<\/em>, <em>(Cortejo y Epinicio)<\/em> (2002),<em>Le Messager (El Mensajero) <\/em>(2003), <em>Le Ciel dans la Fontaine<\/em> <em>(El Cielo en la Fuente)<\/em>, <em>Le Matin &Eacute;ternel<\/em> <em>(La Ma&ntilde;ana Eterna)<\/em> (2004), et<em> Pays au del&agrave; (Pa&iacute;s M&aacute;s All&aacute;)<\/em> (2004). Sa passion litt&eacute;raire, comme on le sait, a commenc&eacute; bien avant qu&rsquo;il n&rsquo;apprenne &agrave; &eacute;crire, lorsqu&rsquo;il dictait ses id&eacute;es &agrave; sa m&egrave;re. &laquo; Je suis mari&eacute; aux lettres &raquo;, reconna&icirc;t-il.<\/p>\r\n<p>Mais il semble &ecirc;tre mari&eacute; &agrave; la musique &eacute;galement, une autre passion qui l&rsquo;accompagne depuis toujours, depuis qu&rsquo;il &eacute;tait dans le ventre de sa m&egrave;re, illustre pianiste qui lui a appris &agrave; jouer de cet instrument lorsqu&rsquo;il n&rsquo;avait que deux ans. A neuf ans il prenait son premier &eacute;l&egrave;ve. Tel paraissait l&rsquo;avenir de cet enfant : son professeur, Pedro Humberto Allende pensait qu&rsquo;il se consacrerait exclusivement &agrave; la composition musicale.<br \/>\r\n  &laquo; J&rsquo;&eacute;tudie la composition musicale pour la po&eacute;sie, et la composition po&eacute;tique pour la musique &raquo;, lui a expliqu&eacute;, un jour, le jeune Rosenmann-Taub.<\/p>\r\n<p>L&rsquo;auteur a exprim&eacute; sa protestation face &agrave; la &laquo; non-civilisation &raquo;, &agrave; l&rsquo;&eacute;go&iuml;sme de la conduite humaine; il ne l&rsquo;exprime pas avec des mots, mais elle appara&icirc;t dans certaines de ses nombreuses compositions musicales telles que &laquo; Ab&eacute;ch&eacute;daire &raquo;<br \/>\r\n  (&laquo; Abecechedario &raquo;), &laquo; Mourir pour na&icirc;tre &raquo; (&laquo; Morir para Nacer &raquo;), &laquo; Adieu au d&eacute;sir &raquo; (&laquo; Despedida del Deseo &raquo;) et &laquo; Feux naturels &raquo; (&laquo; Fuegos Naturales &raquo;), entre autres.<\/p>\r\n<p>M&ecirc;me s&rsquo;ils sont moins connus, ses dessins (il y en a presque mille) sont tout aussi remarquables ; on distingue la s&eacute;rie &laquo; La Gifle &raquo; (La Bofetada,), &laquo; L&rsquo;Etalage &raquo; (&laquo; El Alarde &raquo;), et &laquo; La D&eacute;ception &raquo; (&laquo; La Decepci&oacute;n &raquo;), centr&eacute;s sur un th&egrave;me particulier, ainsi que les illustrations de certains de ses livres. Ces dessins, pour la plupart, sont r&eacute;alis&eacute;s en noir et blanc avec un minimum de moyens : une plume et de l&rsquo;encre, de la craie, du fusain. Ses portraits sont une galerie de personnages d&eacute;pourvus de masques, qui r&eacute;v&egrave;lent le drame de l&rsquo;homme. Ainsi, lorsque le recueil <em>Les D&eacute;pouilles du Soleil<\/em><em>(Los Despojos del Sol)<\/em> sera publi&eacute; dans sa totalit&eacute; &ndash; deux volumes sont d&eacute;j&agrave; sortis :<em>Ananda premi&egrave;re<\/em> et A<em>nanda seconde<\/em> &ndash; il sera compos&eacute; de livres de po&eacute;sie, de dessins et certains tomes seront enregistrements musicaux.<\/p>\r\n<p>Dans le monde cr&eacute;atif de l&rsquo;artiste &ndash; qui joue du piano et aussi du bongo &ndash; ces trois dimensions artistiques, qui se nourrissent mutuellement, sont solidement li&eacute;es entre elles. &laquo; La litt&eacute;rature et la peinture m&rsquo;aident &agrave; &eacute;clairer ma pens&eacute;e musicale. La litt&eacute;rature m&rsquo;a &eacute;galement aid&eacute; pour le dessin. <em>Historia de las Indias<\/em> de Bartolom&eacute; de Las Casas et <em>Les Ames mortes <\/em>de Gogol ont &eacute;veill&eacute; en moi des images. Certaines de mes &oelig;uvres musicales ont quelque chose &agrave; voir avec Thackeray et Tolsto&iuml;, sur le plan formel (pas sur le plan conceptuel) : j&rsquo;ai voulu comme dans <em>Vanity Fair<\/em> et <em>Ana Karenina<\/em>, qu&rsquo;une seule voix soit d&eacute;multipli&eacute;e en plusieurs voix &raquo;, nous avait dit le po&egrave;te il y a quelque temps.<\/p>\r\n<p>La musique qui impr&egrave;gne sa litt&eacute;rature fait que chaque po&egrave;me de Rosenmann-Taub ait sa propre partition. Ainsi, il n&rsquo;est pas surprenant que son livre <em>Dans un endroit du Sang<\/em><em>(En un lugar de la Sangre) <\/em>qui a pour sujet Cervantes et son Quichotte, encore in&eacute;dit, comprend, en plus du livre, une composition musicale, enregistr&eacute;e sur deux CD &ndash; suite pour piano et une seule voix &ndash; et des mots. Un des po&egrave;mes de l&rsquo;&oelig;uvre &laquo; Le Testament de Sancho &raquo; (&laquo; El Testamento de Sancho &raquo; dit : &laquo; A la lame de l&rsquo;inquisition, \/ le bouillie de mes m&eacute;saventures. \/ Le gouvernement, perdu, &agrave; ma famille. \/ Ma famille, &agrave; mon cercueil. \/ A toi, lorsque cr&eacute;&eacute;, ce po&egrave;me. \/ Et &agrave; moi, qui jamais ne me conna&icirc;trai \/ le non-&ecirc;tre de mon tout. &raquo;, (&laquo; El Testamento de Sancho &raquo; : &laquo; A la cuchilla de la inquisici&oacute;n, \/ la mazmorra de mis desventuras. \/ El gobierno, perdido, a mi familia. \/ Mi familia, a mi f&eacute;retro. \/ A ti, cu&aacute;ndo creado, este poema. \/ Y a m&iacute;, que nunca me conocer&eacute;, \/ el noser de mi todo. &raquo;).<\/p>\r\n<p class=\"the-question\"><strong>Diriez-vous que vos textes naissent avec une partition? Comment cet accouchement litt&eacute;raire-musical se produit-il ?<\/strong><\/p>\r\n<p>&laquo; Dans un individu qui est en gestation, les os, la chair, tout est la premi&egrave;re et la derni&egrave;re chose, tout est pour tout. Il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;un accouchement litt&eacute;raire-musical; plus pr&eacute;cis&eacute;ment d&rsquo;un accouchement litt&eacute;raire-rythmique. L&rsquo;expression d&rsquo;une id&eacute;e a son rythme &ndash; qui ne peut-&ecirc;tre que celui-l&agrave; &ndash; : sans l&rsquo;unit&eacute; expression-rythme il n&rsquo;y a pas de po&egrave;me. Lorsque cette unit&eacute; est arbitraire, l&rsquo;&oelig;uvre n&rsquo;est pas artistique. Elle est artificielle. &raquo;<\/p>\r\n<p class=\"the-question\"><strong>Garc&iacute;a Lorca, dans son ardeur d&rsquo;int&eacute;grer les arts, a d&eacute;clar&eacute; : &laquo; Un po&egrave;te doit &ecirc;tre un ma&icirc;tre des cinq sens corporels (...) dans l&rsquo;ordre suivant : la vue, le toucher, l&rsquo;ou&iuml;e, l&rsquo;odorat et le go&ucirc;t. Pour pouvoir s&rsquo;approprier les plus belles images le po&egrave;te doit ouvrir des portes pour que les sens communiquent entre eux&hellip; &raquo;<br \/>\r\n  Comment la musique, le dessin et po&eacute;sie dialoguent-ils au sein de votre &oelig;uvre?<\/strong><\/p>\r\n<p>&laquo; A mon avis, Garc&iacute;a Lorca voulait exprimer qu&rsquo;un po&egrave;te doit rechercher en profondeur. Y a-t-il quelque chose de plus po&eacute;tique que de conna&icirc;tre une chose, et de la conna&icirc;tre si bien qu&rsquo;on soit capable de l&rsquo;enseigner ? Oscar Wilde, en se moquant, a affirm&eacute; que &lsquo;l&rsquo;art est compl&egrave;tement inutile&rsquo; : un mode n&eacute;gatif, pour dire le contraire : un croche-pied pour faire r&eacute;agir. Le terme &lsquo;int&eacute;grer&rsquo; que vous employez peut &ecirc;tre compris comme si Garc&iacute;a Lorca avait voulu faire un art qui incl&ucirc;t la musique, la litt&eacute;rature et les arts plastiques. Evidemment qu&rsquo;elles font partie de ce qu&rsquo;on d&eacute;signe comme la dimension artistique. Il existe le pr&eacute;jug&eacute; de limiter l&rsquo;art &agrave; quelques activit&eacute;s.<\/p>\r\n<p>Dans ma t&ecirc;te, il n&rsquo;y pas de s&eacute;paration entre l&rsquo;activit&eacute; po&eacute;tique et le dessin. Je pourrais presque vous dire que c&rsquo;est comme si j&rsquo;&eacute;crivais en espagnol en dessin et en musique. En jouant sur les termes : je dessine avec des mots ou j&rsquo;&eacute;cris avec des dessins : chaque &oelig;uvre a sa propre loi : j&rsquo;utilise le moyen qui correspond le mieux &agrave; l&rsquo;expression. En ce qui concerne le dessin, jusqu&rsquo;&agrave; maintenant, le blanc et le noir m&rsquo;ont suffi. &raquo;<\/p>\r\n<p class=\"the-question\"><strong>Que pouvez-vous dire de vos compositions musicales?<\/strong><\/p>\r\n<p>&laquo; Toutes les fois que j&rsquo;ai montr&eacute; mes &oelig;uvres &agrave; des pianistes, ils ont dit les trouver extr&ecirc;mement difficiles. A Santiago, Claudi Arrau, qui r&eacute;p&eacute;tait chez Zita M&uuml;ler, a &eacute;cout&eacute; certaines de mes &oelig;uvres ; il les a trouv&eacute;es extr&ecirc;mement difficiles et a insist&eacute; pour que je les enregistre moi-m&ecirc;me. Les moyens technologiques d&rsquo;aujourd&rsquo;hui m&rsquo;ont permis de jouer mes duos, trios, quatuors, quintettes et sextuor pour piano, sans devoir recourir &agrave; d&rsquo;autres pianistes. Lorsque j&rsquo;apportais mes compositions au cours de Pedro Humberto Allende, il me demandait de les jouer : &lsquo;Quelle chance tu as d&rsquo;&ecirc;tre pianiste : tu ne courras pas le risque que tes pens&eacute;es soient trahies.&rsquo; &raquo;<\/p>\r\n<p class=\"the-question\"><strong>Vous exprimez musicalement des th&egrave;mes tels que la r&eacute;pulsion provoqu&eacute;e par l&rsquo;&eacute;go&iuml;sme, par exemple. Quels sujets abordez-vous avec vos dessins, parmi lesquels on trouve de nombreux portraits?<\/strong><br \/>\r\n  <br \/>\r\n  &laquo; La musique et le dessin exposent ma r&eacute;action intemporelle face au pr&eacute;sent imm&eacute;diat &ndash;la d&eacute;nomm&eacute;e Histoire Universelle &ndash; : &agrave; la justice aux mains de l&rsquo;injustice, &agrave; l&rsquo;hypocrisie au sein du pouvoir, &agrave; la menace et &agrave; la pers&eacute;cution injustifi&eacute;es, &agrave; l&rsquo;institution de la perversit&eacute; et de l&rsquo;&eacute;go&iuml;sme de ceux qui sont st&eacute;riles, &agrave; l&rsquo;horreur monotone et inutile de la vie sur la plan&egrave;te. On parle de civilisation : quelque chose qui n&rsquo;a pas encore eu lieu. L&rsquo;histoire change d&rsquo;habit, mais pas de corps. Y a t-il une solution? S&rsquo;isoler? Inventer des utopies? La philosophie du tigre, la psychologie des rats, l&rsquo;art de la bestialit&eacute;. C&rsquo;est &ccedil;a la vie humaine? Des c&eacute;r&eacute;monies vides? &raquo;<\/p>\r\n<p class=\"the-question\"><strong>Dans <em>Pays au-del&agrave; (Pa&iacute;s M&aacute;s All&aacute;)<\/em> on d&eacute;couvre la pr&eacute;sence de la couleur : &laquo; Amas jaunes. \/ Or du bois. Fer d&rsquo;or. \/ Champ de merveilles furtivement. \/ Ch&oelig;ur blond &raquo;<br \/>\r\n  (&laquo; Balumbas amarillas. \/ Oro de la arboleda. Hierro de oro. \/ Campo de maravillas a hurtadillas. \/ Rubio coro &raquo;), &eacute;crivez-vous dans une partie et ailleurs:<br \/>\r\n  &laquo; Ensorcellement \/ de verdeur, dans la verdeur, sans anxi&eacute;t&eacute; \/ de verdeur, verte : &raquo; (&laquo; Hechizo\/ de verdor, en el verdor, sin ansia\/ de verdor, consternado de que nada se pierde, \/ verde y verde, en la estancia\/ de la llanura verde : &raquo;)<\/strong><\/p>\r\n<p>&laquo; Vous faites allusion aux couleurs dans <em>Pays au del&agrave;<\/em> <em>(Pa&iacute;s M&aacute;s All&aacute;)<\/em>. L&rsquo;aspect le moins significatif est le fait que le vert soit vert : c&rsquo;est un des niveaux mais c&rsquo;est le plus ext&eacute;rieur. Si nous faisons abstraction du temps, le fruit &agrave; un moment a &eacute;t&eacute; vert, mais il est rest&eacute; sur l&rsquo;arbre&hellip; La vie : une promesse, et lorsqu&rsquo;elle se r&eacute;alise, il serait merveilleux qu&rsquo;elle n&rsquo;e&ucirc;t jamais &eacute;t&eacute; r&eacute;alis&eacute;e. Vivre : un visage et un masque. Le masque dirait &lsquo;Et pourquoi pas moi ? J&rsquo;ai le droit aussi.&rsquo; Malheureusement pour exister avec du sens, il faut arracher le masque. &raquo;<\/p>\r\n<p class=\"the-question\"><strong>Les math&eacute;matiques et la physique quantique participent &agrave; votre travail cr&eacute;atif.<\/strong><\/p>\r\n<p>&laquo; Se passer de la connaissance de la physique est impossible pour un artiste s&eacute;rieux. Sans exag&eacute;rer, que pensez-vous d&rsquo;un pr&ecirc;tre catholique qui ne se renseigne pas sur les Evangiles? Pouvez-vous imaginer un sculpteur qui ne connaisse pas l&rsquo;anatomie ? En quelque sorte, la physique fait des recherches sur l&rsquo;anatomie et la physiologie, sur le multivers. Georg Nicolai m&rsquo;a dit : &lsquo;Vous David, vous avez le vice de l&rsquo;art; moi, celui de la science. Nous avons le m&ecirc;me vice.&rsquo; &raquo;<\/p>\r\n<p class=\"the-question\"><strong>Avant que LOM commence &agrave; publier vos &oelig;uvres, il existait de votre part un silence s&eacute;pulcral. &laquo; Que devient David ? &raquo;, disaient certains, tandis que d&rsquo;autres vous consid&eacute;raient comme un po&egrave;te posthume. Pourquoi David Rosenmann-Taub a t-il ressuscit&eacute; ?<\/strong><\/p>\r\n<p>&laquo; Je n&rsquo;ai pas eu le temps de publier. J&rsquo;ai &eacute;t&eacute; occup&eacute; &agrave; &eacute;crire. Les livres que j&rsquo;ai publi&eacute;s avec Arturo Soria et &agrave; Buenos Aires, ont d&eacute;vor&eacute; beaucoup trop de temps. Maintenant, heureusement, la Fondation Corda prend en charge la publication de mon &oelig;uvre. Je veux &ecirc;tre responsable : mon int&eacute;r&ecirc;t concerne la po&eacute;sie. Ma vocation n&rsquo;a rien &agrave; voir avec le fait d&rsquo;&ecirc;tre lu ou pas. En ce sens je m&rsquo;identifie &agrave; ma m&egrave;re. Lorsque j&rsquo;avais onze ans, j&rsquo;ai dit &agrave; mon p&egrave;re : &lsquo;Nous seuls l&rsquo;&eacute;coutons jouer du piano. Le monde n&rsquo;est pas au courant.&rsquo; Je n&rsquo;ai jamais &eacute;cout&eacute; quelqu&rsquo;un interpr&eacute;ter mieux qu&rsquo;elle les romantiques, les suites anglaises et fran&ccedil;aises de Bach, l&rsquo;Ib&eacute;ria d&rsquo;Alb&eacute;niz et le Scarbo de Ravel. C&rsquo;est regrettable de ne pas avoir d&rsquo;enregistrements. Ce n&rsquo;&eacute;tait pas facile de les faire &agrave; cette &eacute;poque l&agrave;. Ma m&egrave;re m&rsquo;a dit : &lsquo;Ce qui importe c&rsquo;est que je joue.&rsquo; Un artiste est dans son &oelig;uvre ; le reste est superflu. La promotion n&rsquo;appartient pas &agrave; l&rsquo;artiste. Le temps, le temps! &raquo;<\/p>\r\n<p class=\"the-question\"><strong>Comment &eacute;valuez-vous aujourd&rsquo;hui la reconnaissance de votre travail au Chili et le fait de ne plus &ecirc;tre un po&egrave;te cach&eacute;, du moins en ce qui concerne les publications?<\/strong><\/p>\r\n<p>&laquo; Arturo Soria, &eacute;diteur de Cruz del Sur, m&rsquo;a dit : &lsquo;Je me d&eacute;p&ecirc;che de vous &eacute;diter. Si je ne vous &eacute;dite pas, qui va le faire au Chili ?&rsquo; Le fait qu&rsquo;une maison d&rsquo;&eacute;dition comme LOM existe est un signe tr&egrave;s positif. &raquo;<\/p>\r\n<p class=\"the-question\"><strong>Manuel Rojas dans <em>Historia Breve de la Literatura Chilena<\/em>, en 1965, &eacute;crivait sur vous : &lsquo;Depuis presque dix ans on n&rsquo;entend pas parler de lui. La veine est &eacute;puis&eacute;e? Cherche-t-il des voies? &raquo; Maintenant que vos po&egrave;mes r&eacute;apparaissent au Chili, ces voies-l&agrave; commencent &agrave; &ecirc;tre connues, mais plusieurs s&rsquo;&eacute;tonnent du fait que vous ne fassiez pas d&rsquo;apparitions publiques ni lors d&rsquo;activit&eacute;s litt&eacute;raires ni lors des pr&eacute;sentations de vos livres. D&rsquo;o&ugrave; la question que certains se posent : &lsquo;David Rosenmann-Taub existe-t-il ?&rsquo;<\/strong><\/p>\r\n<p>&laquo; On n&rsquo;a pas entendu parler de moi ni parce que ma veine po&eacute;tique s&rsquo;est &eacute;puis&eacute;e ni parce que j&rsquo;ai trouv&eacute; le chemin. Je vous le r&eacute;p&egrave;te : Le temps, le temps ! C&rsquo;est pour cette raison l&agrave; que je ne voyage pas. Je n&rsquo;ai adopt&eacute; aucune posture myst&eacute;rieuse. Et lorsque vous affirmez : &lsquo;D&rsquo;o&ugrave; la question que certains se posent : David Rosenmann-Taub existe-t-il ?&rsquo;, je vous dirais : peut-&ecirc;tre mieux vaut-il qu&rsquo;ils pensent cela, Beatriz. &raquo;<\/p>\r\n<p class=\"the-question\"><strong>Pourquoi corrigez-vous autant? Dans la r&eacute;&eacute;dition de <em>Cort&egrave;ge et Epinicie (Cortejo y Epinicio)<\/em> il y a tellement de diff&eacute;rences par rapport au texte original, qu&rsquo;il pourrait &ecirc;tre consid&eacute;r&eacute; comme un nouveau volume. Il y a m&ecirc;me un changement sur la quantit&eacute; de po&egrave;mes dans la version la plus r&eacute;cente. <\/strong><br \/>\r\n  <br \/>\r\n  &laquo; Je ne corrige pas : j&rsquo;essaie, avec insistance, d&rsquo;&ecirc;tre de plus en plus fid&egrave;le &agrave; l&rsquo;objet po&eacute;tique. &raquo;<\/p>\r\n<p class=\"the-question\"><strong>Cela signifie, au bout du compte, que vous avez pr&eacute;par&eacute; vos livres pendant toute votre vie, comme c&rsquo;est le cas de <em>Pays au del&agrave; (Pa&iacute;s M&aacute;s All&aacute;)<\/em> et de la plupart de vos textes.<\/strong><\/p>\r\n<p>&laquo; Si une femme veut avoir un enfant, elle est oblig&eacute;e d&rsquo;attendre entre sept et neuf mois. Si elle &eacute;tait responsable de la sant&eacute;, de la pr&eacute;sence, du talent, des qualit&eacute;s de son enfant, combien de temps mettrait-elle &agrave; mettre cet enfant au monde ? Elle voudra que son enfant soit exempt de maladies, qu&rsquo;il vive &eacute;ternellement, qu&rsquo;il soit fort et harmonieux, qu&rsquo;il sache se d&eacute;fendre, qu&rsquo;il soit intelligent et intelligent et intelligent, qu&rsquo;il soit un bon enfant, un bon ami, un bon amant, un bon p&egrave;re. Et une fois fabriqu&eacute;, elle &lsquo;commencerait &agrave; le corriger&rsquo;, diriez-vous ? Pour faire cet enfant, un million d&rsquo;ann&eacute;es serait insuffisant. Dieu a mis six jours pour cr&eacute;er le monde et vous voyez le r&eacute;sultat&hellip; La premi&egrave;re chose c&rsquo;est de ne pas improviser. La nature devient facilement une ennemie, malgr&eacute; notre attention. &raquo;<\/p>\r\n<p class=\"the-question\"><strong>Certains de vos vers font penser que vous &ecirc;tes plus attach&eacute; au pass&eacute;, &agrave; l&rsquo;&eacute;norme affection de vos parents, qu&rsquo;au pr&eacute;sent. &laquo; Je me rem&eacute;more des souvenirs. \/ Plus pli&eacute; : vers la chute. &raquo; (&laquo; Voy recordando recuerdos. \/ M&aacute;s doblado: a la ca&iacute;da. &raquo;), &eacute;crivez-vous dans &laquo; Au v&eacute;tuste couplet &raquo; (&laquo; A la vestuta copla &raquo;) dans<em>Cort&egrave;ge et Epinicie. <\/em>Dans le po&egrave;me XIII de Pays au-del&agrave; vous dites : &laquo; toi \/ maman, permettras-tu que je sorte \/ conqu&eacute;rir les trottoirs? &raquo; (&laquo; &iquest;t&uacute;, \/ mam&aacute;, permitir&aacute;s que salga\/ a conquistar veredas? &raquo;)<\/strong><\/p>\r\n<p>&laquo; Pour moi il n&rsquo;y pas de pass&eacute;, pour moi il n&rsquo;y a que du pr&eacute;sent. Parler des souvenirs est une fa&ccedil;on de parler. Mon foyer est avec moi. Ce n&rsquo;est pas un souvenir. Il ne l&rsquo;a jamais &eacute;t&eacute;. &raquo;<\/p>\r\n<p class=\"the-question\"><strong>Vous avez m&ecirc;me dit que vous aviez r&eacute;&eacute;crit &agrave; <em>Cort&egrave;ge et Epinicie<\/em> &agrave; Buenos Aires, apr&egrave;s la mort de vos parents, m&ucirc; par le d&eacute;sir d&rsquo;&ecirc;tre avec eux. A travers la r&eacute;flexion po&eacute;tique vous entreprenez une aventure qui vous permet de vous retrouver avec les &ecirc;tres aim&eacute;s, avec Dieu, avec la mort, avec l&rsquo;amour et avec l&rsquo;au-del&agrave;&hellip; Que signifie pour vous le fait de r&eacute;aliser ces exploits?<\/strong><\/p>\r\n<p>&laquo; La mort de mes parents c&rsquo;est quelque chose qui leur est arriv&eacute;, pas quelque chose qu&rsquo;ils ont fait. Cela ne leur appartient pas. Ce que vous d&eacute;crivez comme une &lsquo;aventure qui vous permet de vous retrouver avec les &ecirc;tres aim&eacute;s, avec Dieu, avec la mort, avec l&rsquo;amour et avec l&rsquo;au-del&agrave;&hellip;&rsquo;est &eacute;quivalent pour moi au fait de respirer. Ce ne sont pas de choses que je trouve. Elles me trouvent. Et ne me l&acirc;chent pas. Je ne veux pas qu&rsquo;elles me l&acirc;chent. Exploits? Ce serait un exploit de pr&eacute;tendre le contraire. &raquo;<\/p>\r\n<p class=\"the-question\"><strong>En prolongeant le th&egrave;me de votre famille, les po&egrave;mes du <em>Messager (El Mensajero) <\/em>sont d&eacute;di&eacute;s &agrave; votre p&egrave;re, &agrave; qui vous aviez promis de cr&eacute;er le plus beau livre. &laquo; Tenir la promesse &ndash; vous lui dites dans la d&eacute;dicace &ndash; m&rsquo;a exig&eacute; d&rsquo;avoir ton &acirc;ge &raquo;.<br \/>\r\n  (&laquo; Cumplir la promesa me ha exigido cumplir tu edad &raquo;).<br \/>\r\n  Croyez-vous avoir r&eacute;ussi &agrave; &eacute;crire le plus beau livre?<\/strong><\/p>\r\n<p>&laquo; La beaut&eacute; d&rsquo;une &oelig;uvre se trouve dans sa dose de v&eacute;rit&eacute; intemporelle. &raquo;<\/p>\r\n<p class=\"the-question\"><strong>Ne ressentez-vous pas une frustration face &agrave; la t&acirc;che titanesque de chercher la perfection dans vos &eacute;crits, un but inatteignable?<\/strong><\/p>\r\n<p>&laquo; Votre question concernant le but inatteignable est raisonnable du point de vue pratique. C&rsquo;est une de mes motivations : rendre atteignable l&rsquo;inatteignable. Je n&rsquo;ai jamais mis le point final &agrave; un de mes textes. &raquo;<\/p>\r\n<p class=\"the-question\"><strong>N&eacute;anmoins, ce qui est tr&egrave;s achev&eacute; implique un risque de mort : atteindre le n&eacute;ant, le silence...<\/strong><\/p>\r\n<p>&laquo; Je ne suis pas d&rsquo;accord. C&rsquo;est une pens&eacute;e qui justifie l&rsquo;incapacit&eacute; et la paresse. Si l&rsquo;&oelig;uvre est r&eacute;ellement plus achev&eacute;e &ndash; plus parfaite &ndash;, dans le sens d&rsquo;&ecirc;tre davantage ce qu&rsquo;elle doit &ecirc;tre, le seul risque c&rsquo;est qu&rsquo;elle comporte plus de vitalit&eacute; que les lecteurs ou que les spectateurs. Elle est plus pr&egrave;s de tout, et non pas du n&eacute;ant. Poseriez-vous la m&ecirc;me question sur la recherche scientifique? Si la recherche sur une maladie et sur les m&eacute;dicaments pour soigner cette maladie est plus achev&eacute;e, la recherche aboutit-elle au n&eacute;ant ? Si un travail de nettoyage est plus parfait, correspond-il au n&eacute;ant ? La perfection n&rsquo;est pas froide, la perfection est chaleureuse. L&rsquo;inspiration n&rsquo;est jamais aussi indispensable que dans la fi&egrave;vre du perfectionnement. &raquo;<\/p>\r\n<p class=\"the-question\"><strong>En tout cas, cela r&eacute;v&egrave;le la rigueur de votre travail et la ma&icirc;trise de la technique : Na&iacute;n N&oacute;mez qualifie vos vers comme les plus travaill&eacute;s de la langue espagnole; et le po&egrave;te Floridor P&eacute;rez les compare &agrave; un travail de joaillerie, c&rsquo;est pourquoi il les enseigne &agrave; ses &eacute;l&egrave;ves. Comment travaillez-vous vos po&egrave;mes et comment d&eacute;veloppez-vous ce travail de polissage, pour faire briller les mots et pour donner un tour d&rsquo;&eacute;crou au langage ?<\/strong><\/p>\r\n<p>&laquo; Je commence &agrave; &eacute;crire lorsque le po&egrave;me a m&ucirc;ri. Cette maturit&eacute; me motive &agrave; l&rsquo;&eacute;crire. Il ne s&rsquo;agit pas de polir, ni de faire briller, et encore moins donner un tour d&rsquo;&eacute;crou au langage, mais d&rsquo;exprimer de mani&egrave;re exacte une connaissance d&eacute;termin&eacute;e. J&rsquo;appellerai cela l&rsquo;inspiration. Je ne pr&eacute;tends pas &agrave; la beaut&eacute;, je pr&eacute;tends dire la v&eacute;rit&eacute; sous la forme la plus exacte possible. La beaut&eacute;, s&rsquo;il y en a une, en est la cons&eacute;quence. &raquo;<\/p>\r\n<p class=\"the-question\"><strong>D&rsquo;autres, en revanche, consid&egrave;rent que votre po&eacute;sie est tellement &eacute;labor&eacute;e, qu&rsquo;elle manque de spontan&eacute;it&eacute;, puisque vous &ecirc;tes un intellectuel &laquo; qui pr&ecirc;te parfois &agrave; confusion &raquo;, a dit Manuel Rojas ; m&ecirc;me Armando Uribe, un admirateur de votre cr&eacute;ation, a avou&eacute; que vous &eacute;crivez avec des mots difficiles;<\/strong><\/p>\r\n<p>&laquo; A mon avis, une &oelig;uvre est spontan&eacute;e lorsqu&rsquo;elle est naturelle. Une pomme n&rsquo;est pas une pomme imm&eacute;diatement : elle devient pomme. La spontan&eacute;it&eacute; spontan&eacute;e n&rsquo;est pas la mienne. Je suis un &ecirc;tre pensant, pas une marionnette du hasard. Le mouvement surr&eacute;aliste, &agrave; ses d&eacute;buts, pr&ocirc;nait l&rsquo;improvisation : quel artifice ! Si on veut donner un conseil, improvise-t-on ? L&rsquo;improvisation intentionnelle manque d&rsquo;&eacute;thique. L&rsquo;auteur ne se respecte pas lui-m&ecirc;me et il fait perdre du temps au lecteur. R&eacute;ussir en improvisant ne m&rsquo;appartient pas. Je commencerais par ne pas signer le texte. Cela revient &agrave; transformer l&rsquo;art en roulette : je ne gagne pas et je ne perds pas par ma volont&eacute;.<\/p>\r\n<p>Curieusement, les auteurs qui &agrave; leur &eacute;poque ont &eacute;t&eacute; consid&eacute;r&eacute;s comme obscurs et m&ecirc;me comme herm&eacute;tiques, sont ceux qui survivent. Vous avez par exemple le cas de G&oacute;ngora, de Juana In&eacute;s de la Cruz, de Mallarm&eacute;. Dites-moi, qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;on lit le plus aujourd&rsquo;hui? Somerset Maugham ou James Joyce; May Sinclair ou Virginia Woolf? Ce qu&rsquo;on consid&egrave;re comme difficile est tr&egrave;s relatif. J&rsquo;insiste &agrave; nouveau : je n&rsquo;&eacute;cris pas pour aujourd&rsquo;hui, ni pour demain, ni pour hier. Le th&eacute;or&egrave;me de Pythagore n&rsquo;est pas pour hier, ni pour aujourd&rsquo;hui, ni pour demain. Une chose est ou elle n&rsquo;est pas. Et elle ne peut d&eacute;pendre du public. Le lecteur doit s&rsquo;approcher de l&rsquo;auteur. Si l&rsquo;auteur veut s&rsquo;approcher du lecteur, il est en train de faire de la prostitution et non pas de la litt&eacute;rature. &raquo;<\/p>\r\n<p class=\"the-question\"><strong>Apparemment vous-m&ecirc;me consid&eacute;rez que votre po&eacute;sie est difficile, parce que vous allez publier une s&eacute;lection de po&egrave;mes avec des commentaires, o&ugrave; vous d&eacute;livrez quelques cl&eacute;s pour la comprendre. Vous pensez qu&rsquo;il est n&eacute;cessaire de comprendre, enti&egrave;rement, la po&eacute;sie ? Ne pensez-vous pas que les connotations, &eacute;tant donn&eacute; que le verbe po&eacute;tique est polys&eacute;mique, peuvent &ecirc;tre d&eacute;couvertes par le lecteur comme celui qui contemple une &oelig;uvre d&rsquo;art? San Juan de la Cruz parle de comprendre sans comprendre Et Miguel Arteche, dans notre pays, dit que la po&eacute;sie se &laquo; sanscomprend &raquo; (se comprend sans qu&rsquo;on la comprenne).<\/strong><\/p>\r\n<p>&laquo; Vous me demandez s&rsquo;il est n&eacute;cessaire de comprendre enti&egrave;rement la po&eacute;sie. Mais si vous devez comprendre qu&rsquo;une personne vous dit &lsquo;Bonjour&rsquo;, il est encore plus important de comprendre qu&rsquo;une de vos amies vous dit &lsquo;Demain je vais arriver un peu plus tard : ne t&rsquo;inqui&egrave;te pas, parce que je dois faire plusieurs choses&rsquo;. Ne croyez-vous pas qu&rsquo;il est fondamental que vous compreniez ce que votre amie vous dit ? N&rsquo;est-ce pas polys&eacute;mique? Cela n&rsquo;a pas plusieurs connotations? Cette affaire de comprendre sans comprendre est tr&egrave;s polys&eacute;mique. Et Juan de la Cruz a &eacute;crit des commentaires sur ses po&egrave;mes et il voulait &ecirc;tre compris. J&rsquo;en profite pour vous dire que ses commentaires, &agrave; mon avis, ont autant de valeur que ses po&egrave;mes. Il a eu une vie difficile; il n&rsquo;a presque pas eu le temps de revoir ses po&egrave;mes. C&rsquo;est un homme qui essayait, honn&ecirc;tement, d&rsquo;&ecirc;tre pr&eacute;cis.<\/p>\r\n<p>Je me souviens d&rsquo;une de mes &eacute;l&egrave;ves qui aimait beaucoup la musique de Beethoven. : &lsquo;Je ne sais pas pourquoi j&rsquo;aime Beethoven ; je ne comprends rien.&rsquo; &lsquo;Qu&rsquo;est-ce qui te pla&icirc;t chez Beethoven?&rsquo; &lsquo;L&rsquo;Appassionata.&rsquo; Je lui ai expliqu&eacute; le d&eacute;but du premier mouvement. C&rsquo;&eacute;tait une femme intelligente et curieuse : &lsquo;Ne continuez pas, je vais r&eacute;fl&eacute;chir sur ce que vous m&rsquo;avez expliqu&eacute; ; maintenant cela me semble &eacute;vident et je ne vois pas pourquoi je n&rsquo;ai pas compris ce que j&rsquo;aurais d&ucirc; comprendre toute seule.&rsquo; Lorsque nous nous sommes revus elle m&rsquo;a dit : &lsquo;Je ne savais pas &agrave; quel point j&rsquo;aimais l&rsquo;Appassionata : je comprenais sans comprendre, mais ne suis pas ma petite chienne : je me diff&eacute;rencie d&rsquo;elle parce que je peux savoir pourquoi je comprends.&rsquo; De toute fa&ccedil;on, j&rsquo;ai d&ucirc; l&rsquo;aider beaucoup pour qu&rsquo;elle comprenne en comprenant. C&rsquo;est tr&egrave;s confortable de &lsquo;comprendre sans comprendre&rsquo;, mais comprendre sans comprendre, est &eacute;quivalent &agrave; ne pas comprendre. Il ne suffit pas de comprendre : il faut comprendre le plus possible, lorsque cela est possible. Les explications ne sont jamais en trop : il y a toujours la possibilit&eacute; de glisser vers une compr&eacute;hension erron&eacute;e.<br \/>\r\n  Aider &agrave; comprendre c&rsquo;est une autre fa&ccedil;on de faire de l&rsquo;art. &raquo;<\/p>\r\n<p>Voici un des po&egrave;mes du prochain livre &agrave; para&icirc;tre :<br \/>\r\n  <br \/>\r\n  &laquo; Je comprends &raquo;, dit la n&egrave;fle.<br \/>\r\n  &laquo; Moi aussi &raquo;,<br \/>\r\n  dit le ciel.<br \/>\r\n  &laquo; Je ne comprends pas &raquo;, a dit Dieu,<br \/>\r\n  &laquo; si en comprenant, je ne sens pas. &raquo;<br \/>\r\n  &laquo; Tu ne comprends pas &raquo;, dit la n&egrave;fle,<br \/>\r\n  &laquo; sans sentir ? Je ne te comprends pas. &raquo;<\/p>\r\n<p>&laquo; Entiendo &raquo;, dijo el n&iacute;spero.<br \/>\r\n  &laquo; Tambi&eacute;n yo &raquo;,<br \/>\r\n  dijo el cielo.<br \/>\r\n  &laquo; No entiendo &raquo;, dijo Dios,<br \/>\r\n  &laquo; si, al entender, no siento. &raquo;<br \/>\r\n  &laquo; &iquest;No entiendes &raquo;, dijo el n&iacute;spero,<br \/>\r\n  &laquo; sin sentir? No te entiendo. &raquo;<\/p>\r\n<p class=\"the-question\"><strong>Continuons &agrave; parler de ce prochain livre, qui est compl&egrave;tement nouveau. Nouveau, parce qu&rsquo;il n&rsquo;avait pas &eacute;t&eacute; publi&eacute; auparavant, mais, certainement, qu&rsquo;il a d&ucirc; r&ocirc;der dans votre t&ecirc;te depuis longtemps.<\/strong><\/p>\r\n<p>&laquo; Tous me livres sont compl&egrave;tement nouveaux et compl&egrave;tements anciens. &raquo;<\/p>\r\n<p>Cette ann&eacute;e on publiera <em>Po&eacute;siectomie (Poesiectom&iacute;a)<\/em>. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un livre en deux parties. La premi&egrave;re est compos&eacute;e de &laquo; Epidrames de validit&eacute; priv&eacute;e &raquo;<br \/>\r\n  (&laquo; Epidramas de vigencia privada &raquo;).<\/p>\r\n<p>Il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;&eacute;pigrammes mais d&rsquo; &laquo; &eacute;pidrames &raquo;. Vivre est path&eacute;tique, grotesque, admirable, insupportable, pour me moquer, pour mourir. Vivre me demande de l&rsquo;intelligence et de l&rsquo;imb&eacute;cillit&eacute;. &raquo;<\/p>\r\n<p class=\"the-question\"><strong>Dans <em>Pays au-del&agrave; (Pa&iacute;s M&aacute;s All&aacute;)<\/em> vous r&eacute;fl&eacute;chissez sur la raison pour laquelle le corps doit s&rsquo;user pour que l&rsquo;esprit s&rsquo;ouvre. &laquo; Il faut payer avec la mort le prix de cro&icirc;tre &raquo;, avez-vous dit. Cela vous semble injuste ?<\/strong><\/p>\r\n<p>&laquo; Injuste? Ce n&rsquo;est pas le bon mot : abominable. Et pour vous, cela vous para&icirc;t juste ? La r&eacute;alit&eacute; manque d&rsquo;&eacute;thique. L&rsquo;assassinat du Christ est-il &eacute;thique ? La mort comme ph&eacute;nom&egrave;ne &lsquo;naturel&rsquo; n&rsquo;est-elle pas suffisante? Je n&rsquo;ai jamais vu d&eacute;crire la vie du Christ comme une course ininterrompue. Ni commenter avec horreur la perte d&rsquo;Einstein. Certains artistes rajeunissent avec les ann&eacute;es qui passent. La Sonate n&deg;32 de Beethoven est une voie qui s&rsquo;ouvre. Comment aurait pu &ecirc;tre la n&deg;33 ? O&ugrave; serait arriv&eacute; Hugo Wolf, s&rsquo;il n&rsquo;avait pas &eacute;t&eacute; emport&eacute; par la syphilis? L&rsquo;&oelig;uvre de Kafka est l&rsquo;&oelig;uvre de quelqu&rsquo;un qui commence enfin &agrave; se trouver. Et Kafka est mort &lsquo;opportun&eacute;ment&rsquo;, ainsi que Proust : si tous les deux avaient v&eacute;cu quelques ann&eacute;es de plus, ils auraient &eacute;t&eacute; assassin&eacute;s dans les camps de concentration. M&ecirc;me la mort naturelle est la chose la moins naturelle qui soit. Le Christ souligne que le Royaume est ici. Il ressuscite Lazare : pour lui ce qui est naturel, c&rsquo;est la vie &eacute;ternelle. Un multivers avec une multi-connaissance n&rsquo;a pas de probl&egrave;mes de surpopulation. &raquo;<\/p>\r\n<p class=\"the-question\"><strong>Une question pour celui qui s&rsquo;est aventur&eacute; avec ses po&egrave;mes dans les situations les plus extr&ecirc;mes, en traversant toutes les fronti&egrave;res : a-t-il peur de la mort, de l&rsquo;&eacute;ternit&eacute;, de l&rsquo;au-del&agrave;?<\/strong><\/p>\r\n<p>&laquo; Je veux finir les choses de la meilleure fa&ccedil;on possible. La promesse que j&rsquo;ai faite &agrave; mon p&egrave;re n&rsquo;est pas seulement en relation avec <em>Le Messager<\/em>. L&rsquo;attention que mon p&egrave;re m&rsquo;a donn&eacute;e &eacute;tait pour mon &oelig;uvre. Il s&rsquo;occupait de tailler mes crayons et de laver mes gommes. Je ne veux pas le d&eacute;cevoir. C&rsquo;est &laquo; l&rsquo;ici &raquo;qui me fait tr&egrave;s peur, en effet. Il ne vous fait pas peur? Je n&rsquo;arrive pas &agrave; avoir peur de l&rsquo;&eacute;ternit&eacute;, parce qu&rsquo;elle ne dure pas, m&ecirc;me pas un instant. &raquo;<\/p>\r\n<p class=\"the-question\"><strong>Vous parlez de l&rsquo;importance de la conscience &eacute;thique pour le po&egrave;te.<\/strong><\/p>\r\n<p>&laquo; La conscience &eacute;thique est fondamentale pour n&rsquo;importe quel &ecirc;tre humain, et &eacute;videmment, pour l&rsquo;artiste. Vous voyez les limitations des hommes, avec du talent sans doute, comme Wagner, C&eacute;line, Heidegger, Eliade : sans conscience &eacute;thique. La conscience &eacute;thique, en d&eacute;fendant un &eacute;quilibre interne, m&rsquo;&eacute;loigne des pr&eacute;jug&eacute;s, me permet de reconna&icirc;tre ce qui est &agrave; moi et ce qui n&rsquo;est pas &agrave; moi. Pour moi : la subjectivit&eacute; objective. Ne pas me mentir. L&rsquo;imm&eacute;diat seulement comme un point de vue. Ne pas d&eacute;pendre d&rsquo;&ecirc;tre n&eacute; ici ou l&agrave;-bas. Un effort constant de certitudes. Non pas un jouet &agrave; la mode. Etre un auto-lecteur : &ecirc;tre moi- m&ecirc;me, le plus critique de mes lecteurs. Ne pas me limiter. Et surtout, &ecirc;tre humain, ne pas faire semblant de l&rsquo;&ecirc;tre. Seul les choses &eacute;thico-bienfaisantes, bien faites, sont de l&rsquo;art. &raquo;<\/p>\r\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"ATELIER DE LETTRES Revue de la Facult&eacute; de Lettres de l&rsquo;Universit&eacute; Catholique du Chili, n&deg; 36 2005 David Rosenmann-Taub: Po&egrave;te en tres dimensiones par Beatriz Berger Cet homme qui a consacr&eacute; sa vie &agrave; la po&eacute;sie et qui par, son interm&eacute;diaire, tente d&rsquo;atteindre la v&eacute;rit&eacute;, rompt une nouvelle fois le silence, de chez lui, pour [&hellip;]","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":1146,"menu_order":10,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"nf_dc_page":"","_monsterinsights_skip_tracking":false,"footnotes":""},"class_list":["post-232","page","type-page","status-publish","hentry"],"aioseo_notices":[],"aioseo_head":"\n\t\t<!-- All in One SEO 5.0.1.1 - aioseo.com -->\n\t<meta name=\"description\" content=\"ATELIER DE LETTRES Revue de la Facult\u00e9 de Lettres de l\u2019Universit\u00e9 Catholique du Chili, n\u00b0 36 2005 David Rosenmann-Taub: Po\u00e8te en tres dimensiones par Beatriz Berger \u00ab Comment le r\u00eave pourrait-il ne pas nous affecter ? \u00bb, dit-t-il. 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