{"id":475,"date":"2015-02-15T22:02:14","date_gmt":"2015-02-16T06:02:14","guid":{"rendered":"http:\/\/dff-monolith.com\/?page_id=475"},"modified":"2016-06-06T15:48:12","modified_gmt":"2016-06-06T23:48:12","slug":"article15-greatest-poet","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/davidrosenmann-taub.com\/fr\/articles\/article15-greatest-poet\/","title":{"rendered":"Le plus grand po&egrave;te &laquo;Le po&egrave;te vivant le plus important et le plus profond de toute la langue espagnole est David Rosenmann-Taub.&raquo;"},"content":{"rendered":"<p class=\"centered-quote\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/images\/books\/elmercblk.gif\" alt=\"alt\" width=\"175\" height=\"22\"><br \/>\r\nSantiago de Chile<br \/>\r\n27 Septembre 1998<\/p>\r\n<h1>Le plus grand po&egrave;te<br \/>\r\n  &laquo;Le po&egrave;te vivant le plus important et<br \/>\r\nle plus profond de toute la langue espagnole est<br \/>\r\n  David Rosenmann-Taub.&raquo;<\/h1>\r\n<h2>par Armando Uribe Arce<\/h2>\r\n<p style=\"text-align:center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/images\/books\/bar_rust.jpg\" alt=\"alt\" width=\"400\" height=\"2\"><\/p>\r\n<p>Il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;une vantardise &agrave; la chilienne: l&rsquo;apport de notre pays dans le domaine po&eacute;tique au XXe si&egrave;cle est consid&eacute;rable. Mais ceci n&rsquo;est en aucune mani&egrave;re sup&eacute;rieur &agrave; la po&eacute;sie issue d&rsquo;autres pays hispanisants ou &agrave; celle produite dans d&rsquo;autres langues. Il n&rsquo;y a pas de championnats dans la po&eacute;sie, la culture ou l&rsquo;esth&eacute;tique. Pourtant on peut dire que la po&eacute;sie de David Rosenmann-Taub, en raison de la qualit&eacute; de son go&ucirc;t et du savoir dont elle fait preuve, est, en toute justice, sans &eacute;gale; elle nous offre une beaut&eacute; &agrave; la fois mesur&eacute;e et imp&eacute;tueuse. Cette po&eacute;sie est la manifestation d&rsquo;une vie contemporaine tourment&eacute;e et &eacute;mane d&rsquo;un auteur majeur. Nous avons la chance qu&rsquo;un tel po&egrave;te soit parmi nous aujourd&rsquo;hui.<\/p>\r\n<p>Son &oelig;uvre est vaste, ne serait-ce qu&rsquo;en nombre de volumes d&eacute;j&agrave; publi&eacute;s. Ses livres sont connus du public depuis cinquante ans; lui-m&ecirc;me vient d&rsquo;avoir soixante et onze ans. Connu du public? En fait, il est virtuellement inconnu. On l&rsquo;ignore au Chili. Pourquoi ? &Ccedil;a ne peut pas &ecirc;tre retenu contre lui, mais &ccedil;a en dit long sur l&rsquo;incapacit&eacute; du jugement chilien. Comment peut-on penser qu&rsquo;il n&rsquo;existe pas et que &ndash;pour les quelques personnes qui ont entendu parler de lui&ndash; il se r&eacute;duise &agrave; une esp&egrave;ce d&rsquo;invention litt&eacute;raire ?<\/p>\r\n<p>Qu&rsquo;il soit d&rsquo;un abord difficile n&rsquo;explique pas cette navrante ignorance envers le plus accompli des po&egrave;tes chiliens encore vivants. O&ugrave; est-il ? Eh bien, dans ses &oelig;uvres et, physiquement, en Am&eacute;rique du Nord sur la c&ocirc;te pacifique, o&ugrave; il continue &agrave; &eacute;crire en solitaire.<\/p>\r\n<p class=\"q3-centered\">Gabriela Mistral a rencontr&eacute; de l&rsquo;antipathie au Chili : c&rsquo;est pourquoi elle en est partie; elle n&rsquo;a revu sa terre natale que tr&egrave;s peu de fois et elle est morte &agrave; l&rsquo;&eacute;tranger. Cependant elle a obtenu, malgr&eacute; des r&eacute;ticences, une certaine reconnaissance dans son pays de son vivant. David Rosenmann-Taub, aucune encore.<\/p>\r\n<p>Il a vu le jour dans la rue Echaurren &agrave; Santiago du Chili, mis&eacute;rable capitale disloqu&eacute;e et incoh&eacute;rente, et c&rsquo;est comme s&rsquo;il n&rsquo;&eacute;tait jamais n&eacute;, malgr&eacute; le fait que son premier livre, l&rsquo;ineffable <em>Cortejo y Epinicio<\/em> (Cort&egrave;ge et &Eacute;pinicie), ait &eacute;t&eacute; acclam&eacute; par un certain nombre de grandes voix chiliennes, telles que celles de Hern&aacute;n Diaz Arrieta, Roque Esteban Scarpa, Hern&aacute;n del Solar.<\/p>\r\n<p>Apr&egrave;s la publication &ndash; par les remarquables fr&egrave;res Soria, de la maison Cruz del Sur- de ses deux ouvrages suivants, au d&eacute;but des ann&eacute;es cinquante, personne n&rsquo;a rien dit &agrave; leur propos. Cependant ses po&egrave;mes ont continu&eacute; d&rsquo;appara&icirc;tre, in&eacute;dits ou pas, soit dans des anthologies, soit dans une &eacute;dition avec des gravures imprim&eacute;es &agrave; la main par Taller 99. Dans les ann&eacute;es soixante-dix, cinq livres ph&eacute;nom&eacute;naux ont paru aux &eacute;ditions Esteoeste &agrave; Buenos Aires. L&rsquo;un deux a &eacute;t&eacute; l&rsquo;objet d&rsquo;un article de Hern&aacute;n del Solar, mais il est n&eacute;anmoins pass&eacute; inaper&ccedil;u. Ce fut le seul &eacute;cho que ces livres &eacute;veill&egrave;rent.<\/p>\r\n<p>Qu&rsquo;en est-il du Chili ? Dans quel pays sommes-nous pour qu&rsquo;un po&egrave;te dont la place est unique dans les lettres et dans l&rsquo;esprit de ceux qui parlent, pensent et sentent en espagnol, soit laiss&eacute; de c&ocirc;t&eacute;, n&eacute;glig&eacute;, abandonn&eacute; ? Pouvons-nous donc nous passer de lui, comme si nous &eacute;tions riches en g&eacute;nie ?<\/p>\r\n<p>Tout et le pire, se produit au Chili. Alors le Chili passera, dans la souffrance et sans gloire. Mais le vrai po&egrave;te et sa po&eacute;sie demeurent. Nous pourrions dire qu&rsquo;ils sont imp&eacute;rissables, si nous ne savions qu&rsquo;&agrave; la fin tout sera an&eacute;anti dans ce monde.<\/p>\r\n<p>On entend la voix de David Rosenmann-Taub, &eacute;cras&eacute;e par la douleur et l&rsquo;amour, dans ses po&egrave;mes datant de plus de quarante ans. Lisez, si vous le trouvez, le dernier livre publi&eacute; que nous connaissons de lui, <em>El Cielo en la Fuente<\/em> (Le Ciel dans la Fontaine), qui consiste en un seul divin po&egrave;me m&eacute;taphysique d&eacute;bordant d&rsquo;un vin fatal d&eacute;vers&eacute; en de multiples stances.<\/p>\r\n<p>Dans un autre livre, <a href=\"\/fr\/books\/los-surcos-inundados\/\"><em>Los Surcos Inundados<\/em><\/a> (Les Sillons Inond&eacute;s) le po&egrave;te parle d&rsquo;un enfant, &ldquo;dand&uacute;n&rdquo;, qui est en train de mourir.<\/p>\r\n<p class=\"half-centered\"><em>&laquo; L&rsquo;ombre de la mort au seuil s&rsquo;arr&ecirc;te.<br \/>\r\n  Oh dand&uacute;n, oh dand&uacute;n, ne regarde pas son visage.<br \/>\r\n  (....) <br \/>\r\n  L&rsquo;ombre de la mort depuis le seuil s&rsquo;avance.<br \/>\r\n  Oh dand&uacute;n, oh dand&uacute;n, couvre-toi avec les draps.<\/em><\/p>\r\n<p class=\"half-centered\"><em>Dans ses mains le noyau du burburbur : fen&ecirc;tre<br \/>\r\n  grande ouverte, amande qui cr&eacute;pite, pigeon sauvage,<br \/>\r\n  briques, pas, roues (...)<\/em><\/p>\r\n<p class=\"half-centered\"><em>L&rsquo;ombre de la mort est tout pr&egrave;s de ton lit.<br \/>\r\n  Sois gentil, mon dand&uacute;n, regarde plut&ocirc;t l&rsquo;aube.<\/em><\/p>\r\n<p class=\"half-centered\"><em>(...)<br \/>\r\n  Depuis le seuil le soleil, allong&eacute; comme un chien,<br \/>\r\n  regarde le tranquille couvre-lit, descend jusqu&rsquo;&agrave; ta poitrine<br \/>\r\n  tranquille, avance vers ton visage p&acirc;lement tranquille<br \/>\r\n  et dans tes yeux ferm&eacute;s met un reflet aveugle,<br \/>\r\n  dans tes yeux ferm&eacute;s, terriblement ouverts.<\/em> &raquo;<\/p>\r\n<p>Quand l&rsquo;enfant est mort, un requiem est dit pour lui dans le po&egrave;me suivant (p.80).<\/p>\r\n<p>Il n&rsquo;y a pas de po&egrave;mes plus violents que ceux-ci dans la po&eacute;sie chilienne. Ni Gabriela Mistral, ni personne d&rsquo;autre n&rsquo;atteint ce degr&eacute; d&rsquo;abomination dans la douleur path&eacute;tique auquel arrive si pleinement David Rosenmann-Taub avec &laquo;griffe, d&eacute;sespoir&raquo; (les deux derniers mots du Requiem). Un autre po&egrave;me d&eacute;di&eacute; &agrave; un &laquo; enfant pourri &raquo; envelopp&eacute; &laquo;de langes de mousse&raquo; se trouve dans une berceuse de <em>Cortejo y Epinicio.<\/em><\/p>\r\n<p>Et pourquoi ne conna&icirc;t-on pas David Rosenmann-Taub, n&rsquo;entend-t-on pas parler de lui, ne le voit-on pas ? A cause de notre p&ecirc;ch&eacute; spirituel &agrave; nous, chiliens, qui sommes habitu&eacute;s &agrave; mal vivre. Et par stupidit&eacute;.<\/p>\r\n<p>Si quelques personnes lucides lui survivent, elles se repentiront quand le po&egrave;te ne sera plus l&agrave; et quand personne ne sera plus capable de chanter &ldquo;dand&uacute;n&rdquo;. Il se peut que dire ces choses avant qu&rsquo;il ne soit trop tard ait quelque utilit&eacute;.<\/p>\r\n<p>Il se taira un jour celui qui parle maintenant et le r&ocirc;le de cet article s&rsquo;ach&egrave;vera. Le silence demeurera. Perp&eacute;tuel... Ah, non! Je veux croire que quelqu&rsquo;un &eacute;mergera d&rsquo;un ventre des femmes de ce pays: celui-l&agrave; saura.<\/p>\r\n<p>David Rosenmann-Taub est le plus grand po&egrave;te vivant de toute la langue espagnole. Il est la source des eaux vives dont parlait Yehuda Halevi il y a presque mille ans.<\/p>\r\n<p>Ce n&rsquo;est pas un po&egrave;te pour enfants, ni pour enfantillages. On peut dire qu&rsquo;il est plus profond&eacute;ment s&eacute;rieux dans sa po&eacute;sie, et peut-&ecirc;tre dans sa vie myst&eacute;rieuse, que Neruda, Mistral ou certainement Huidobro. Inutile de mentionner Parra ou m&ecirc;me d&rsquo;autres noms.<\/p>\r\n<p>David Rosenman-Taub a la discr&eacute;tion fi&egrave;re, et pourtant d&eacute;pourvue de vanit&eacute;, d&rsquo;un grand po&egrave;te qui compose, accumule ses &eacute;crits, et parfois publie, si l&rsquo;occasion se pr&eacute;sente: il faut le placer &agrave; part dans nos traditions boulevers&eacute;es. Il ne se pr&eacute;occupe pas de savoir si on pense &agrave; lui, ni de ce que l&rsquo;on pense de lui. Parmi nous, aucun autre &eacute;crivain ne lui ressemble et, en m&ecirc;me temps, il montre les caract&eacute;ristiques primordiales qui ont fait de la po&eacute;sie chilienne de ce si&egrave;cle, une po&eacute;sie v&eacute;ritable.<\/p>\r\n<p>Il est, en d&eacute;finitive, &agrave; la fois ancr&eacute; dans ce monde, et il vient de tr&egrave;s, tr&egrave;s loin. Et m&ecirc;me, si j&rsquo;ose dire, de l&rsquo;au-del&agrave;.<\/p>\r\n<p style=\"text-align:center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/images\/books\/bar_rust.jpg\" alt=\"alt\" width=\"400\" height=\"2\"><\/p>\r\n<p><strong>Armando Uribe Arce<\/strong> est po&egrave;te, traducteur et essayiste. Il a publi&eacute; de nombreux volumes de po&eacute;sie ainsi que des livres sur Eugenio Montale, Ezra Pound et Paul L&eacute;autaud. Il a &eacute;t&eacute; diplomate aux Etats-Unis et en Chine. Il a donn&eacute; des conf&eacute;rences &agrave; l&rsquo;Universit&eacute; du Chili et &agrave; la Sorbonne. Le Prix National de la Litt&eacute;rature au Chili lui a &eacute;t&eacute; attribu&eacute; en 2004.<\/p>\r\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Santiago de Chile 27 Septembre 1998 Le plus grand po&egrave;te &laquo;Le po&egrave;te vivant le plus important et le plus profond de toute la langue espagnole est David Rosenmann-Taub.&raquo; par Armando Uribe Arce Il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;une vantardise &agrave; la chilienne: l&rsquo;apport de notre pays dans le domaine po&eacute;tique au XXe si&egrave;cle est consid&eacute;rable. 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